Le marché bio des Batignolles, le rendez-vous du samedi

Le samedi matin, le boulevard des Batignolles change de nature. Le terre-plein central, désert le reste de la semaine, se couvre de bâches blanches, et une file de cabas remonte depuis la place de Clichy. C'est l'un des rares marchés parisiens où tous les étals, sans exception, vendent des produits issus de l'agriculture biologique.
Une exception dans le paysage
Paris compte plusieurs dizaines de marchés découverts, mais seule une poignée est entièrement biologique. Celui des Batignolles, apparu dans les années 1990, est le plus important de la rive droite. Cette exclusivité n'est pas un détail : elle dispense le visiteur de lire les étiquettes et de trier, et elle attire une clientèle qui vient exprès, parfois de loin, plutôt que par simple habitude de voisinage.
L'autre particularité est la proportion de producteurs. Beaucoup d'étals sont tenus par ceux qui cultivent, élèvent ou transforment ce qu'ils vendent : maraîchers d'Île-de-France, fromagers fermiers de Normandie ou du Centre, apiculteurs, boulangers au levain. On le remarque à l'irrégularité des légumes, à la brièveté des saisons et aux réponses précises qu'on obtient en posant une question.
Ce qu'on y trouve
- Des légumes strictement de saison, avec des variétés anciennes ou peu communes selon les semaines.
- Des fromages fermiers, chèvres et pâtes pressées surtout, chez plusieurs stands qui ne vendent que leur propre production.
- Du pain au levain cuit au feu de bois, dont les grandes miches se coupent au poids.
- Des œufs, de la volaille, de la viande d'élevages de la grande couronne et des régions limitrophes.
- Un rayon sec honorable : légumineuses, farines, huiles, fruits secs, souvent vendus au poids.
- Des plantes et des fleurs, plants de tomates au printemps, courges décoratives à l'automne.
La bonne heure, le bon sens
Le marché ouvre tôt et les habitués arrivent avec lui. Avant dix heures, on circule, on choisit, on discute. Entre dix heures et midi, l'allée centrale devient une lente procession, avec de vraies files devant les stands de fromage et de pain. Après treize heures, les étals se dégarnissent et certains producteurs préfèrent solder le fragile plutôt que le remballer.
Un conseil de méthode : parcourir toute l'allée une première fois sans rien acheter. Les prix et la qualité varient sensiblement d'un stand à l'autre pour le même légume, et le stand du bout, moins bien placé, est souvent celui d'un petit producteur qui mérite le détour.
Un quartier qui va avec
Le marché n'est pas un îlot. Les Batignolles ont conservé, autour de la place du Docteur-Félix-Lobligeois et de l'église Sainte-Marie, un tissu de commerces de bouche indépendants, de cafés et de petites épiceries qui prolongent l'esprit du samedi le reste de la semaine. Le square des Batignolles, un peu plus au nord, permet de poser le cabas dans l'herbe avant de rentrer. Et pour qui vient de loin, le parc Martin-Luther-King, gagné sur les anciennes emprises ferroviaires, offre une promenade d'une demi-heure jusqu'à la porte de Clichy.
Pourquoi il tient
Beaucoup de marchés parisiens souffrent de la concurrence des rayons biologiques de grande distribution. Celui des Batignolles résiste parce qu'il offre ce que les rayons ne peuvent pas offrir : un visage derrière chaque produit, une saison qui se lit à l'étal, et le plaisir un peu désuet de faire ses courses en parlant à des gens. Le samedi matin, sur le boulevard, on comprend vite que ce n'est pas une nostalgie mais une habitude bien vivante.
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