Où acheter en vrac à Paris, quartier par quartier ?

Il y a dix ans, acheter ses lentilles au poids relevait de la démarche militante. Aujourd'hui, le bocal vide dans le sac est devenu un geste ordinaire, et la carte des commerces qui le remplissent s'est étoffée au point qu'on ne sait plus toujours où aller. Elle n'est pourtant pas uniforme : chaque quartier a sa façon de faire du vrac.
Les quatre familles de commerces
Avant de parler géographie, il faut distinguer ce qu'on trouve. Il y a d'abord l'épicerie spécialisée, qui ne vend que du vrac, ou presque : silos de céréales, distributeurs de légumineuses, fontaines d'huile et de vinaigre, parfois lessive et savon au poids. Il y a ensuite le magasin d'alimentation biologique généraliste, dont un rayon, plus ou moins vaste, est consacré au vrac. Il y a les marchés, où beaucoup d'étals de fruits secs, d'olives ou d'épices vendent au poids depuis toujours sans que personne n'ait songé à appeler cela du vrac. Il y a enfin l'épicerie de quartier à l'ancienne, maghrébine, asiatique ou indienne, où le riz et les pois chiches se servent à la louche dans des sacs de papier.
Est parisien : le berceau
Les onzième, dixième et vingtième arrondissements ont vu naître les premières boutiques entièrement consacrées au vrac, et ils en gardent la densité la plus forte. Autour du canal Saint-Martin, d'Oberkampf, de Ménilmontant et de Belleville, il est rare de marcher dix minutes sans croiser une devanture à silos. C'est aussi le secteur des coopératives alimentaires, ces magasins gérés par leurs membres, où le vrac est la règle plutôt que l'exception.
Le douzième et le marché d'Aligre
Le douzième arrondissement joue sur deux registres. Le marché d'Aligre, place d'Aligre et rue d'Aligre, tient la comparaison avec n'importe quelle épicerie spécialisée pour les fruits secs, les olives, les épices et les légumineuses vendues au poids : c'est du vrac avant la lettre, six jours sur sept. Le marché couvert Beauvau, sur la même place, prolonge l'offre à l'abri. Autour, entre Ledru-Rollin et Nation, quelques épiceries à silos complètent le tableau pour les céréales et les produits d'entretien.
Centre et Marais
Les troisième et quatrième arrondissements comptent moins de grandes surfaces, donc plus de petits commerces indépendants. Le vrac y prend la forme d'épiceries fines qui pèsent les thés, les cafés et les fruits secs, et de quelques magasins biologiques de proximité. La rue Rambuteau et ses abords en donnent une bonne idée, avec le marché des Enfants-Rouges à deux pas.
Sud : Butte-aux-Cailles, Mouffetard, Convention
Dans le treizième, la Butte-aux-Cailles a gardé un esprit de village et ses commerces vont avec : épicerie sans emballage, coopérative, marché de plein vent le week-end. Le cinquième compte sur la rue Mouffetard, où les commerces de bouche vendent au poids depuis des générations. Dans le quinzième, le vrac se concentre autour de la rue de la Convention et de la rue du Commerce, plutôt dans des magasins biologiques généralistes à grand rayon.
Nord et ouest
Le dix-huitième se partage entre Montmartre, où le vrac se niche dans des boutiques exiguës autour des Abbesses et de Lamarck, et la Goutte-d'Or, où les épiceries traditionnelles vendent riz, semoule et légumes secs au sac depuis bien avant la mode. Le dix-septième s'organise autour des Batignolles, avec son marché biologique du samedi et plusieurs épiceries spécialisées. L'ouest cossu, seizième et huitième, est le moins bien doté : le vrac y existe, mais surtout dans des magasins biologiques de chaîne.
Ce que le quartier change
La forme du vrac suit la sociologie du quartier. Là où les loyers commerciaux restent abordables, on trouve des boutiques entièrement dédiées, avec un choix large et des prix au kilo affichés. Là où ils grimpent, le vrac se réduit à un rayon ou à quelques bocaux d'épicerie fine. Et là où vivent des communautés venues d'ailleurs, il n'a jamais disparu : il s'appelle simplement autrement.
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