La Petite Ceinture, une voie ferrée devenue promenade

Il existe à Paris une ligne de chemin de fer que la plupart des habitants n'ont jamais vue. Elle fait le tour de la ville, à peu près à hauteur des boulevards des Maréchaux, tantôt en tranchée profonde, tantôt en viaduc, tantôt en tunnel. On l'aperçoit depuis un pont du parc Montsouris, depuis un balcon du quinzième, depuis un escalier du vingtième. C'est la Petite Ceinture, et depuis quelques années on peut y marcher.
Un anneau construit pour les marchandises
La ligne est bâtie sous le Second Empire, entre 1852 et 1869, pour relier entre elles les grandes gares terminus de Paris, qui ne communiquaient pas. Elle sert d'abord aux marchandises et à l'armée, puis aux voyageurs, et connaît son apogée vers 1900, année de l'Exposition universelle, avec des dizaines de millions de passagers.
Le métro la tue. Ligne après ligne, le réseau souterrain offre des trajets plus directs, et la Petite Ceinture perd ses voyageurs. Le service est fermé en 1934. Le fret continue quelques décennies, puis s'éteint à son tour. Reste un anneau de trente-deux kilomètres, ses gares, ses tunnels et ses tranchées, laissé à peu près tel quel.
Quatre-vingts ans de friche
C'est là que l'histoire devient intéressante. Sans entretien, sans passage, la végétation a colonisé le ballast. Bouleaux, robiniers, buddleias, ronces, orchidées sauvages par endroits : la ligne est devenue un corridor écologique qui traverse Paris sans jamais croiser une rue, et des renards y ont été observés. Pendant des décennies, elle n'a été fréquentée que par les graffeurs, quelques explorateurs et les riverains qui en connaissaient les accès.
Les tronçons ouverts au public
La Ville a choisi de l'ouvrir par morceaux, en gardant l'esprit du lieu : rails conservés, végétation spontanée laissée en place, aménagements minimaux. Chaque tronçon a son caractère.
- Le douzième, autour de la villa du Bel-Air, a été le premier ouvert, sous forme de sentier nature. Court, boisé, avec une passerelle.
- Le quinzième, entre la rue Olivier-de-Serres et la place Balard, est le plus long tronçon accessible : plus d'un kilomètre en tranchée, avec des talus laissés à la nature et des panneaux sur la faune.
- Le treizième, à partir de la rue de Tolbiac, ouvre sur une partie plus minérale, entre murs de soutènement et anciens ouvrages.
- Le quatorzième, près de la rue Didot, est un jardin étroit et plat entre deux tunnels.
- Le vingtième, près de la Porte de Vincennes, et le dix-septième, entre la Porte de Clichy et la Porte d'Asnières, complètent les ouvertures les plus récentes.
Marcher sur les rails
Ce qui frappe, en descendant l'escalier qui mène à la voie, c'est le silence. On est à cinq ou six mètres sous le niveau de la rue, entre deux murs de pierre meulière couverts de lierre, et le bruit de Paris s'efface. Les rails courent entre les herbes, les anciens signaux tiennent encore debout, et les ponts qui enjambent la tranchée laissent passer des tranches de ciel. C'est une promenade courte par tronçon, mais d'une nature qu'aucun parc dessiné ne peut imiter : personne n'a choisi ces plantes, elles sont venues seules.
Ce qui reste à venir
Le débat sur l'avenir de la ligne n'est pas clos. Certains voudraient y faire rouler un tramway, d'autres une promenade continue sur tout l'anneau, d'autres encore laisser la friche en paix. Les ouvertures se poursuivent au rythme des accords avec le propriétaire des voies, tronçon par tronçon. En attendant, les anciennes gares reconverties en cafés ou en lieux culturels, dans le quatorzième, le dix-huitième ou le vingtième, offrent des points d'entrée pour qui veut découvrir la ligne sans attendre que tout le cercle soit refermé.
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